Non seulement le roman gothique est un genre qui thématise la terreur comme visée, mais il se sert de cette terreur à des fins de subversion. Voir Annie Lebrun Les châteaux de la subversion. Pauvert.1982.
Ce genre, on le sait, prend naissance dans l'Angleterre du XVIII°siècle, il se situe au moment où la bourgeoisie d'après la Révolution anglaise installe la représentation romanesque de ses idéaux avec par exemple sa valorisation du travail, de l'épargne et de la vertu de De Foe Robinson Crusoë (1719) et sa sentimentalité avec Pamela ou la vertu récompensée ( Richardson ,1740)
Le genre gothique est créé, on l'a vu, par des aristocrates : Walpole puis Lewis, et par des femmes (voir à ce sujet in Le romantisme Noir. Une bibliographie proposée par Maurice Levy) Ce genre oppose à la vision bourgeoise tenue pour prosaïque, les délires d'une imagination qui idéalise le passé, les passions, les tourments, le pittoresque, l'amour, la séparation, les transgressions, le désir fou, la violence etc etc Justine est une Pamela inversée (cf Les infortunes de la vertu) voir Sade et le gothique français.
Ce retour vers le passé, aussi bien architectural que littéraire. Il est anti palladien (voir Palladio in une encyclopédie) se manifeste par la création de châteaux pseudo gothiques par Walpole et autres aristocrates, on y voit la réhabilitation des formes de l'architecture saxonne, l'amour des ruines qui permet la nostalgie devant le passé idéalisé, les cimetières, les caveaux, les redécouvertes de villes enfouies comme Pompei). . Tout cela tend à exalter un certain rapport " romantique " au monde. Qui s'oppose au goût et à la retenue des classiques, comme le " sublime " à la " retenue ", le surnaturel à la raison.
En 1757 Burke écrit La recherche philosophique sur l'origine de nos idées du sublime et du beau. Ce texte tente de donner un soubassement théorique à une " esthétique de la terreur ". qui fait jouer à l' émotion un rôle prépondérant. L'esprit dit Burke est touché par les paysages grandioses, les montagnes, les forêts, l'obscur, le nocturne. Il valorise l'émotionnel au lieu de la raison, le discontinu, le paradoxal, les alliances de contraires.
Les auteurs de romans " gothiques " s'appuieront plus ou moins consciemment sur ces idées à la mode pour justifier les outrances dont ils vont peupler leurs romans, qui pourra se manifester chez Lewis et Sade par une sorte d'hyperréalisme de l'horreur. Ce qui est visé c'est le " thrill " le frisson du lecteur. Reste que depuis lors on peut s'interroger avec J et L Aikin On the Pleasure derived from objects of Terror (1773)